Apocalypse

plume-152

Ô Dieu, qu’il faisait beau en ce soir de septembre,

Les senteurs d’un été qui n’en finissait pas

Parvenaient jusqu’à nous, au fond de notre chambre.

Un rossignol chantait, perché non loin de là.

La nouvelle tomba, cinglante, sur les ondes,

Et frappa le pays d’un glacial frisson :

Un speaker annonçait : « Voici la fin du monde . »

Tout entier, le pays pris peur à l’unisson.

Te souviens-tu ,alors, de tout ce que nous vîmes ?

Ce vieillard accroché au banc du cimetière,

Le visage ridé, pointé droit vers les cîmes

Heureux de retrouver l’amie partie hier.

Te souviens-tu aussi de cette maison close

Ou une nuit durant, la pauvre prostituée,

Au milieu des amours que chacun lui propose

A cherché le bonheur d’être vraiment aimée.

Souviens-toi, souviens-toi, au coin de l’avenue,

Du mendiant miséreux distribuant sa monnaie,

D’un voleur repenti, mettant son âme à nu,

Restituant des objets, prodigant des bienfaits.

Sur le grand tapis vert, les hommes politiques

Ont pleuré tant et plus sur ce fâcheux destin.

« Plus de guerres . » disaient-ils, plus jamais de critiques,

A condition de vivre, de connaitre demain.

Et puis le démenti, arriva, solennel,

Et l’alerte passée, le monde revivait.

Mendiants et voleurs, putains et colonels

Secouèrent la planète d’un rire un peu trop gai.

Aucun d’eux, souviens-toi, ne crut à cett’histoire,

Seul, le vieillard mourrut, retrouvant son aimée ;

Le monde retombait dans cette immense foire,

Chacun vivant pour soi, sa propre vérité.

Ô mon Dieu, qu’il fait froid en ce soir de décembre,

Des odeurs de brulé qui n’en finissent pas,

Se dégagent du ciel et d’un champignon d’ambre.

Un rossignol se tait, perché non loin de là………