Le robot

plume-152

Ah, je suis fier de moi, si,si soyez-en sûr

Car je viens d’acheter, après mûr examen

Un des plus beaux fleurons, sinon un des plus purs,

De la technologie avancée de demain.

Mes amis en ont un, je ne suis pas plus bête,

Et j’avais, de surcroit, quelques écus vaillants.

De râge, ils vont pâlir, je vois de là leur tête,

Mais pour moi ce n’est là, qu’un vague placement.

Tenez, regardez-le…Firmin, il se prénomme.

Touchez… touchez… palpez… voyez c’est du costaud.

Dix ans de garantie pour ce beau semblant d’homme,

Que familièrement, on appelle… robot.

Acier inoxydable et pièces interchangeables,

Moteur silencieux, cerveau incorporé,

Et grande nouveauté, aspect non négligeable :

Au seul son de ma voix, il se met à bouger.

Tenez, vous allez voir : « Firmin…brossez chaussures »

Et voila, c’est parti : « Firmin…le téléphone…la sonnette d’entrée

Le couvert, Firmin…le gazon…la peinture… »

Son micro processeur semble bien fonctionner.

Ne vous ai-je pas dit avoir pris en option,

Les temps n’étant pas sûrs, un plan de gardiennage,

Firmin possédant là, à droite, sur le tronc,

Un laser destructeur contre le brigandage.

Qu’un voyou pass’un soir, l’enclos qui me protège,

Je commande à Firmin, l’ultime destruction.

Code dix, ligne trois, il fondra comme neige

Dans l’affreux chuintement d’une grande fusion.

Oh, mais qu’arrive-t-il, Firmin, tu te détraques,

Tes lumières s’allument, clignotent de partout,

Voilà que tu t’oublies, ton huile form’une flaque

Dans laquelle tu patauges, ne tenant plus debout.

Firmin, ressaisit-toi, ne jettes pas la brosse,

Non pas le téléphone, ni la peinture aussi,

Mais vas-tu m’obéir, sombre petite rosse

Et travailler encor’, car j’y ai mis le prix.

La colère me gagne, j’en ai la voix qui tremble,

L’ordre, pour Firmin, est embrouillamini ;

Attention, ton laser vient vers moi, il me semble,

Non… non… pas le laser… arrête… c’est fini….

Schhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh……….

J.C.Martineau