La venelle

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Il est près de chez moi, dans un coin de campagne,

Au fond du potager, par delà un mur gris,

Un endroit ressemblant au pays de cocagne,

Qu’y conduit un chemin aux chênes rabougris.

Le portillon grinçant sur ses gonds privés d’huile,

Vous invit’à la fête vers ce hâvre de paix,

Et s’estompent le bourg et ses vieux toits de tuiles,

Sous l’écran verdoyant de ses buissons épais.

Je t’aime mon sentier, silencieux et magique,

Toi qui livre tes bruits, tes senteurs à qui veut,

A qui veut t’écouter, sans autre stratégique,

Qu’un’osmose parfaite , sans aucun désaveu.

Les anciens du pays l’ont appelé « venelle »

Il s’en va serpentant, au bois de la Folie,

Frênes et chataigniers, en de fraiches tonnelles,

M’ont délivré souvent de ma mélancolie.

J’ai croisé ça et là des bouquets de violettes,

Embaumant malgré elles les pervenches fleuries,

Sur un talus voisin, chassait une belette,

Quelque rare gibier emprunt d’étourderie.

Fauvettes et mésanges, sur des branches de hêtres,

Emplissaient le chemin de leurs sons mélodieux

Et l’air vibrait alors de ce concert champêtre,

Ou dansaient papillons et bêtes à « Bon Dieu »

C’est là ,qu’adolescent, méchant et taciturne,

Je venais oublier les combats inégaux,

Que mon esprit livrait en des veillées nocturnes

Quand mon corps et lui-même se déchiraient Margot.

Là encor’ au couteau, sur l’écorce d’un arbre,

Un coeur et des prénoms, tailladés dans le bois,

Et de tendres yeux bleus qui devenaient de marbre,

Quand Margot prenait peur et était aux abois.

Dieu, que de souvenirs traînent dans la « venelle »

Mais il me faut partir, te laisser à présent,

Sois sage, prends soin de toi, et surtout reste belle,

« Venelle », je reviendrai te revoir dans dix ans.

Je penserai à toi, tout là-bas dans la ville,

Et t’imaginerai, le soir, fermant les yeux,

Ivre de tes parfums, et si mon corps vacille,

Aux chants de tes oiseaux, il s’endormira mieux.

J.C.Martineau