Patriotisme

plume-152

Un rectangle de toile a claqué dans le vent,

puis il s’est affaissé,

s’est tordu,

a pendu,

lamentable,

comme une vieille chaussette sur un fil à linge.

Puis il a claqué de nouveau à la bourrasque suivante,

et là,

tout le monde a vu .

Quelqu’un a vu fuir la couleur bleue entre deux nuages gris

et filer droit rejoindre l’azur du ciel .

Un autre a vu la couleur blanche se mêler à la fumée des canons

Qui tonnaient dans la plaine .

Un troisième, enfin, a crié lorsque la couleur rouge s’est mise à couler,

comme du sang,

le long du mat,

long…

long….

comme un fût de canon.

Du sang rouge,

épais,

et collant,

et qui recouvrait et engluait tous ceux qui étaient dessous,

droits et immobiles,

et qui portaient une main largement ouverte à hauteur de leur tempe .

Là haut,

le rectangle de toile a de nouveau claqué dans le vent,

sans couleur…

sans vie….

sans rien…..

vide…..

En bas,

un homme, du sang jusqu’aux épaules, a dit en pleurant :

« Il était quand même beau……

mon drapeau……..

avant ! »……

J.C.Martineau