Superstitions

plume-152

C’est un vendredi treize, mon horoscope en main,

Un trèfle à quatre feuilles sur ma veste de daim,

Je vais, d’ un pas léger, sans marquer d’impatience,

Je ne crains rien ce soir, car c’est mon jour de chance.

Je marche doucement et soudain, du trottoir,

Un animal descend. Le redouté chat noir.

Mon sang ne fait qu’un tour , je tourne les talons ,

Et je fuis et je fuis, très vite et à grands bonds.

Je cours fermant les yeux dans ma nuit démentielle,

En les fermant si bien, que je ne vois l’échelle .

Je la prends de plein fouet , me retrouvant à terre

Comme frappé brusquement par un coup de tonnerre.

Il s’en fallut de peu , ô Dieu , merci beaucoup ,

Dix centimétres à droite et je passais dessous .

Un hématome au front je fuis ces lieux malsains

Et j’arrive au foyer à l’heure d’un festin.

Sur la table encombrée, que de plats, de desserts.

Mais qu’aperçois-je aussi ? Le pain est à l’envers !

Je bondis à nouveau,le replace à l’endroit

Faisant de ma main libre, un grand signe de croix.

Mais qui soupe donc ici ? Et je comprends soudain

Qu’à sa fête ma mère invitàt des cousins .

Que de monde ce soir ! Un… deux… sept et douzième,

A ce repas, je vois, je serai le treizième !

Pour éviter le pire, je m’annonce souffrant

Et monte dans ma chambre. Ah ce noir obsédant !

J’actionne l’interrupteur, et c’est un court circuit ,

Qui , a-t-on dit plus tard ,me fit perdre la vie .

Et pour clore pareille gaffe

Sur ma tombe l’ on a mis ,

En guise d’épitaphe

La formule qui suit .

 » Ci git celui qui trop longtemps crut aux superstitions ,

Est mort un jour de chance , d’une électrocution … »